Illectronisme – la face cachée d’internet

Derrière une apparente démocratisation d’internet, il existe une toute autre réalité : celle d’une société numérique fracturée qui laisse de côté des millions de personnes qui souffrent d’illectronisme et qui se retrouvent incapables de bénéficier des nouveaux usages de la vie digitale.

Le trafic internet n’a jamais été aussi dense, les valorisations des sociétés internet sont au zénith et le métier de statisticien (« data scientist ») est l’un des plus recherchés. Nous assistons au triomphe de l’industrie numérique alors que le monde est en plein marasme économique et social. Le succès planétaire d’internet est effectivement une vague irréversible qui emporte tous les vieux usages dit « matériels » et qui entraîne les acteurs de la vie économique et sociale à migrer l’ensemble de leurs services en ligne. Grâce aux smartphones, internet est aujourd’hui accessible à tout le monde, partout et tout le temps. Cet écran de poche est devenu le couteau suisse de nos usages quotidiens : regarder des vidéos, faire des jeux, faire ses courses, communiquer, s’informer, payer, se déplacer, voyager… Nous ne pouvons plus nous en passer !

Envoyer un message Whatsapp, poster une image sur Instagram ou une vidéo sur TikTok : c’est simple comme un clic ! Mais d’autres usages numériques sont plus compliqués : remplir un formulaire administratif en ligne, rédiger une lettre de motivation, utiliser des logiciels de bureautique (traitement de texte, tableur, présentation), utiliser une messagerie email, ou encore télécharger, modifier, envoyer et archiver des fichiers électroniques. Ces fonctions constituent pourtant les compétences numériques de base, celles qui sont indispensables pour qu’une personne puisse développer pleinement et de manière autonome sa vie professionnelle et personnelle, qui passe de plus en plus par le numérique. Ne pas les maîtriser porte désormais un nom : l’illectronisme.

Derrière une apparente démocratisation d’internet, il existe une toute autre réalité : celle d’une société numérique fracturée qui laisse de côté des millions de personnes qui souffrent d’illectronisme et qui se retrouvent incapables de bénéficier des nouveaux usages de la vie digitale.

Cette nouvelle forme d’exclusion sociale n’a rien d’un phénomène marginal. En France, selon un rapport du Sénat publié en septembre 2020, « la dématérialisation généralisée des services publics, à marche forcée, pour 2022 laisse sur le bord de la route 3 Français sur 5, incapables de réaliser des démarches administratives en ligne ». En Suisse, 1 adulte sur 4 ne possède pas les compétences numériques de base (source : OFS 2018).

L’heure est grave et l’exclusion numérique s’accroît avec les mesures sanitaires actuelles ! Avec la fermeture brutale des guichets et autres points de rencontre pendant le confinement, les personnes souffrant d’illectronisme ont été subitement privées d’une assistance humaine précieuse qui leur permettait de naviguer malgré tout sur internet. Si les seniors sont très exposés, les jeunes le sont également ainsi que des millions d’autres personnes :

  • les personnes en situation d’illettrisme (800’000 personnes en Suisse et 2’500’000 en France métropolitaine) ou les allophones, qui ont les plus grandes difficultés à comprendre les consignes affichées sur les écrans et à naviguer sur internet ;
  • les personnes en recherche d’emploi qui ne maîtrisent pas les compétences de base en bureautique et ne sont donc pas en capacité de rédiger un CV ni de l’envoyer par email ;
  • tous les citoyens qui ont tant de mal à comprendre un langage administratif ou juridique élitiste, et devenu quasi-inintelligible sur internet (déclarer ses impôts, demander des papiers, se renseigner sur les aides publiques…) ;
  • les malades qui n’arrivent plus à joindre un médecin maintenant que les rendez-vous se prennent sur internet.

À ces problématiques de compétences s’ajoute un aspect financier puisque de nombreuses activités (dont le télétravail et l’école à la maison) ne peuvent être réalisées correctement que depuis un ordinateur, le smartphone ne pouvant pas répondre à tous les besoins. De trop nombreux foyers ne disposent pas d’ordinateurs pour chaque membre de la famille, ni d’une bonne connexion internet à domicile, ni d’une imprimante. Rappelons également que certains essayent d’installer internet sur Mars alors que nous avons encore tant de « zones blanches » (zone dans laquelle aucun opérateur n’a déployé de réseau internet ou mobile)…

Heureusement, des solutions existent. Elles sont imaginées et assemblées avec la contribution de nombreux partenaires : instituts de formation, fournisseurs de matériel informatique, administrations publiques, fournisseurs d’accès à internet, entreprises. Par exemple, en Suisse, réalise (pionnier de l’entrepreneuriat social) a créé un partenariat avec Simplon pour offrir une formation digitale de qualité aux demandeurs d’emploi. L’Association Lire et Écrire dispense des cours de base en compétences numériques et contribue à la promotion de l’utilisation du français FALC (Facile à Lire et à Comprendre). En France, l’initiative Connexion d’Urgence, impulsée notamment par Emmaüs Connect, SFR et Break Poverty Foundation pendant la première vague du confinement, a permis de connecter plus de 16’000 élèves vivant sous le seuil de pauvreté, et elle est pérennisée par l’opération Réussite Connectée. La Banque Postale mobilise son réseau pour favoriser l’inclusion numérique avec WeTechCare.

 

Alors ne laissons pas notre société, déjà trop morcelée, se faire submerger par le tsunami internet. Organisons-nous pour rendre le monde digital plus inclusif ! Peut-on accepter qu’une personne sur 4 soit laissée pour compte parce qu’il ou elle ne maîtrise pas les nouveaux usages d’internet ou ne dispose pas du matériel adéquat ? MEGA Social Foundation veut faire de l’illectronisme un sujet de premier plan en Suisse. Joignez-vous à nous pour faire connaître cette problématique qui touche tout le monde, qui crée une nouvelle catégorie d’inégalités sociales et qui empêche des gens de faire valoir leurs droits fondamentaux. Pour mener à bien notre mission, nous avons besoin de :

  • trouver du matériel informatique en état de marche ;
  • re-conditionner ce matériel pour le rendre propre à l’usage personnel ;
  • obtenir des licences gratuites pour équiper ces ordinateurs de logiciels de bureautique;
  • obtenir des abonnements internet à prix réduits pour les plus fragiles ;
  • former et embaucher des personnes pour installer et mettre en service les ordinateurs au domicile des personnes en ayant besoin ;
  • fédérer les structures qui travaillent déjà sur l’illectronisme, la fracture numérique et le manque d’accès aux outils informatiques ;
  • créer des lieux où des ordinateurs sont mis à disposition du public et où des formations simples mais régulières sont données sur les usages ;
  • créer des formations sur des usages concrets et pratiques (acheter des titres de transport, faire une recherche internet, envoyer un email, remplir un formulaire en ligne, etc.) ;
  • embaucher des formateurs pour des cours d’informatique ;
  • promouvoir l’utilisation du français FALC auprès des grandes entreprises et des institutions publiques ;
  • trouver des mécènes (fondations, pouvoirs publics, particuliers, entreprises) pour financer l’organisation de ce plan illectronisme d’envergure.

Aidez-nous à relever ce défi du XXIᵉ siècle, ne laissons pas internet devenir une barrière d’exclusion, faisons de l’informatique une ouverture !

Si vous souhaitez participer à cette grande aventure, soumettez-nous vos idées, partagez notre message sur les réseaux sociaux, faites un don pour soutenir notre action !

 

Crédit photo : Mikhail Reshetnikov (StockLib)

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