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A priori, on pourrait penser que la France et la Suisse n’ont pas les mêmes problèmes face à la pauvreté. Selon le FMI, la Suisse serait le 10ème pays le plus riche de la planète en terme de PIB par habitant (61 360$/habitant) alors que la France n’arriverait qu’en 29ème position (43 551$/habitant). Certains pensent même que la Suisse ne serait pas touchée par la pauvreté. Au delà des clichés, qu’en est-il réellement ?

Rappelons tout d’abord que la pauvreté représente une situation de vie tellement dégradée que les personnes qui vivent dans cet état ne peuvent plus satisfaire leurs besoins quotidiens ni s’intégrer correctement dans la société. Il n’est évidemment ni représentatif ni juste de comparer de manière brute les revenus des personnes en situation de pauvreté dans deux pays distincts, où la monnaie et le coût de la vie diffèrent par définition. En revanche, une personne pauvre en France et une personne pauvre en Suisse subissent les mêmes souffrances : l’exclusion sociale et les pires difficultés à se nourrir, se loger ou se soigner.

 

Alors, combien de personnes vivent en situation de pauvreté ?

Pour rendre les données comparables au niveau européen, le seuil de pauvreté est fixé pays par pays à 60% de la médiane du revenu disponible  [1]. Autrement dit, les personnes en situation de pauvreté sont celles dont le revenu est significativement inférieur (60%) au revenu représentatif dans leur pays. Selon ce critère, sont touchés par la pauvreté :

  • 13,9% de la population suisse, ou 1,2 millions de personnes (source OFS);
  • 14,7% de la population française, ou 9,3 millions de personnes (source INSEE).

Le premier constat est qu’il y a, en proportion de la population totale, approximativement autant de personnes en situation de pauvreté en France qu’en Suisse. Cela peut sembler contre-intuitif car la Suisse apparaît comme un îlot de richesse. Mais le corollaire de cette prospérité est un coût de la vie extrêmement élevé, qui engendre de la pauvreté.

Le deuxième constat est que la pauvreté touche une proportion très significative de la population dans chacun des deux pays, soit une personne sur sept ! Elle est donc présente partout, sauf à refuser de la voir. Personne ne devrait se sentir épargné par la pauvreté car elle peut atteindre presque tout le monde (dans une proportion accrue pour les familles monoparentales, les personnes âgées et les personnes sans emploi). En effet, 54 % des français ont déjà connu ou failli connaître la pauvreté et près d’un français sur cinq vit à découvert (source : baromètre Ipsos). En Suisse, une personne sur cinq ne peut pas faire face à une dépense imprévue de 2 500 CHF (source : Caritas Suisse), soit environ le coût d’une couronne dentaire.

Les enfants (moins de 18 ans) sont plus particulièrement touchés par la pauvreté : en France et en Suisse, un enfant sur cinq vit au sein d’une famille pauvre. Et c’est la question de notre avenir qui se pose ici. Selon Ipsos, 80 % des français estiment que leurs enfants ont un risque plus élevé que leur génération de connaître un jour la pauvreté. Quel futur propose-t-on à des enfants qui commencent leur vie dans la pauvreté ? Comment les aide-t-on à s’extraire de cet état, qui s’accompagne trop souvent de la honte sociale, de l’isolement, de l’échec scolaire puis du chômage ? Quel sera l’état de nos sociétés dans 20 ans (peut-être même beaucoup plus tôt) si elles ne parviennent plus à intégrer leur force vive ?

Il est enfin préoccupant de noter qu’une partie importante de la population pauvre est composée de personnes ayant un emploi, les working poors. Ils sont de plus de 2 millions en France (8,2% des employés) et près de 300 000 en Suisse (7,4% des employés). Il s’agit principalement de travailleurs précaires : indépendant.e.s, temps partiels et titulaires de CDD.

En résumé, sur le plan de la pauvreté, la France et la Suisse font malheureusement jeu égal : c’est 1 personne sur 7 ; 1 jeune sur 5 et 1 travailleur.se sur 12. Triste comparaison.

Dans ces temps où tous les pays du monde sont durablement touchés par la pandémie Covid-19 et par la récession économique qui s’installe, rappelons que la pauvreté est un autre fléau qui n’épargne personne et qui va sans doute s’aggraver dans cette période de ralentissement général. Plus que jamais, il est dans l’intérêt de chacun d’éliminer les inégalités sociales qui gangrènent la cohésion de nos sociétés et il est de notre responsabilité d’agir pour revitaliser nos modèles de solidarité.

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[1Pour une personne seule, le seuil de pauvreté se monte à 2 495 CHF (chiffre 2018 – source Office Fédéral de la Statistique/OFS) par mois en Suisse et 1 041 EUR par an en France (chiffre 2017 – source INSEE).