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En cette période de crise, le mot solidarité n’a jamais été autant utilisé dans les médias et à travers les réseaux sociaux. Il est dans toutes les bouches et émaille (presque) toutes les conversations. Mais quelle est sa signification précise ? Sa concrétisation est-elle un effet de mode ou une tendance durable ?

Explorons ensemble sa définition. Selon le bon vieux dictionnaire Littré, la solidarité est “dans le langage ordinaire, la responsabilité mutuelle qui s’établit entre deux ou plusieurs personnes“. Sa racine étymologique est le mot latin solidum qui signifie la somme ou la totalité. Il faut comprendre la solidarité comme un engagement pris par chaque personne à la place du groupe social auquel elle appartient. Si chaque individu consent à engager sa propre responsabilité, c’est parce qu’il reçoit en échange la protection réciproque de tous les autres membres du groupe. C’est ce qui définit le principe de solidarité et c’est le fondement même de la cohésion sociale. Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry, “Chacun est seul responsable de tous“. La solidarité est bien plus qu’un simple élan de générosité, elle représente une organisation sociale voulue par des individus qui poursuivent un intérêt commun. Soit dit en passant, la solidarité est également très différente de la charité qui est un acte de don désintéressé relevant de l’altruisme pur.

Tout le monde connaît la célèbre devise des Trois Mousquetaires : “Un pour tous et tous pour un“, popularisée par Alexandre Dumas, qui est une des plus belles expressions de la solidarité. Mais qui se souvient qu’il s’agit d’abord de la devise traditionnelle de la Suisse : “Unus pro omnibus, omnes pro uno“? L’un des mythes fondateurs de la Confédération suisse, le serment du Grütli, est fondé sur le principe de la solidarité entre les trois cantons de Schwytz, Uri et Unterwald face à l’oppression des baillis habsbourgeois. Seule cette solidarité leur a permis de repousser l’envahisseur et de créer ensuite la Confédération suisse, diverse mais forte et unie. L’esprit de solidarité est d’ailleurs inscrit dans le préambule de la Constitution de la Suisse : “Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde […]“.

A une échelle différente, les alpinistes forment une organisation solidaire. Concrètement, le premier de cordée doit s’adapter à la vitesse du dernier pour avancer en toute sécurité. Contrairement à certaines idées reçues, il n’appartient pas au premier de cordée d’imposer son rythme au dernier. Si tel était le cas, le plus faible fragiliserait la cordée et pourrait même chuter, entraînant dans son sillage tous les autres membres, jusqu’au premier de cordée… ce qui serait donc un échec retentissant!

Que se passe-t-il dans une société sans solidarité ? L’actualité nous rappelle qu’en cas de choc, elle s’abîme dangereusement. Prenons le cas des cafés-restaurants. Actuellement fermés avec le confinement et pris en tenaille entre la chute de leurs recettes et le maintien de leurs dépenses fixes (loyers, salaires), ils sont nombreux à risquer la faillite. Personne ne sortirait gagnant d’un scénario sans aucune solidarité : les exploitants seraient ruinés, les salariés au chômage, les clients ne pourraient plus se restaurer, les fournisseurs de boissons et de nourriture seraient privés d’un important débouché commercial, les bailleurs perdraient leurs locataires et l’État serait privé de ses recettes fiscales. L’intérêt commun de la société étant de permettre aux cafés-restaurants de poursuivre leur activité après le confinement, le Canton de Vaud a mis en place un mécanisme de solidarité qui prévoit un effort partagé pour le paiement de 2 mois de loyers : l’État en prend 25% à sa charge, l’exploitant 25% et le bailleur 50%.

Regardons un autre exemple avec l’illettrisme. Au-delà de la bienveillance qui devrait naturellement nous conduire à accompagner ces personnes fragiles, il a été démontré que l’illettrisme représente un coût important pour la société. Les personnes en situation d’illettrisme sont bien souvent exclues des réseaux professionnels ce qui génère des dépenses de chômage importantes pour les contribuables. Lorsqu’elles ont la chance de trouver un emploi, ces mêmes personnes sont sous-employées : bien qu’extrêmement motivées, leurs faibles compétences de base (lecture, écriture, informatique et calcul) péjorent la valorisation de leur potentiel. Ceci entraîne également une perte de valeur ajoutée pour les entreprises. Les enfants des personnes en situation d’illettrisme sont également pénalisés car ils rencontrent plus de difficultés pour faire leurs devoirs à la maison. Là encore, un mécanisme de solidarité permettrait à toute la société de bénéficier d’une baisse de l’illettrisme. C’est ainsi que l’association Lire et Ecrire lutte depuis plus de 30 ans en Suisse Romande contre l’illettrisme dans l’intérêt de toute sa population.

Alors oui, de nos jours, la solidarité est plus que jamais nécessaire et mérite largement d’être soutenue. En fait, elle est vitale à nos sociétés. Le coronavirus et la récession sont des attaques dont les victimes principales sont les plus faibles d’entre nous, avec une santé fragile, maltraités, ou qui vivent dans la précarité et la pauvreté. Ils sont hélas de plus en plus nombreux, comme nous l’avons déjà décrit dans notre dernier article. Pour que la société parvienne à surmonter cette épreuve de crise sanitaire, il faudra que ceux qui en ont les moyens humains et financiers viennent en aide aux autres. C’est grâce à la solidarité que nos sociétés conserveront leur cohésion.

 

 

Un pour tous, et tous pour un !